CLASSE OUVRIERE: Euh, pouvez-vous répéter la question ?
C.N.P.F.: Association chargée de défendre les intérêts égoïstes des patrons. Ces derniers, dans un élan de générosité, ont décidé de le remplacer par le M.E.D.E.F. (voir ce mot), qui ne répond plus au même objectif, puisqu'il se consacre uniquement à la défense désintéressée des « entreprises ».
COMMUNISTES: Défenseurs pervers du goulag et de la répression policière. Par extension, tous les ennemis sournois de la démocratie, forcément libérale.
CONSEIL DE SECURITE: Organe des Nations unies. Formé des principaux pays fournisseurs d'armes de la planète, certaines mauvaises langues l'appellent « Conseil d'insécurité ».
CONSERVATEUR: Tout salarié adversaire acharné d'un retour au 19ème siècle, euh, pardon, de tout progrès prôné par les tenants du libéralisme économique.
DEMOCRATIE: La meilleure forme de gouvernement, à condition que les salariés acceptent leur condition et se croisent les bras entre chaque élection.
DIALOGUE SOCIAL: Situation dans laquelle syndicats et salariés sont gentiment invités à s'exprimer, et où patrons et gouvernements ne sont pas tenus d'écouter, puisque c'est à eux qu'incombe la lourde tâche de décider et d'être obéis.
DIRIGEANTS POLITIQUES: Personnalités désintéressées, souvent victimes de l'acharnement de la justice, mais toujours prêtes à conduire le troupeau, euh, les électeurs vers un avenir meilleur.
EGALITE DES CHANCES: Course de 100 mètres dans laquelle les capitalistes partent avec un avantage justifié de 99 mètres, mais dans laquelle les salariés conservent toutes leurs chances tant que la ligne d'arrivée n'a pas été franchie.
LIBERTE FONDAMENTALE: Ensemble de droits théoriques, plus ou moins suivis dans la pratique, inscrits dans la Constitution pour faire joli.
LICENCIEMENT: Sacrifice inévitable, mais nécessaire, consenti par un salarié dans l'intérêt de ses patrons et actionnaires, euh pardon, pour le bien de l'entreprise.
LICENCIEMENT MASSIF: Expression malsonnante, inventée par des salariés aigris, pour discréditer les patrons, pardon, les employeurs. Le patronat, euh, le M.E.D.E.F., voulons-nous dire, préfère utiliser l'expression « plan social », plus proche de la réalité. Le M.E.D.E.F. ne saurait, en aucun cas, avoir de définition pour l'expression « plan anti-social » (voir « plan social »).
LOBBY: Groupe de pression permettant d'influencer de manière positive les décisions du pouvoir politique dans la gestion des affaires publiques. A ne pas confondre, bien évidemment, avec le M.E.D.E.F.
LUTTE DE CLASSES: Affrontement inévitable entre les employeurs bienveillants et les salariés égoïstes, du fait de l'aveuglement de ces derniers, toujours opposés aux licenciements et autres remises en cause des rigidités imposées par le Droit du Travail, pourtant nécessaires à la bonne marche de l'économie.
M.E.D.E.F: Organisation humanitaire, utile au fonctionnement de la société. Contrairement à des informations dénuées de tout fondement, elle n'est ni une manifestation de la lutte des classes ni un instrument de défense des intérêts du patronat.
OPPOSITION: Ensemble d'individus louches et mal pensants, toujours disposés à critiquer négativement et sans fondement les efforts louables et les réformes difficiles du gouvernement.
OTAGES: Malheureuses victimes des odieuses grèves généralement perpétrées par les privilégiés des services publics. A ne pas confondre avec les salariés menacés de licenciement en cas de comportement attentatoire à la dignité de l'entreprise.
PARTENAIRES SOCIAUX: Groupe harmonieusement constitué de ceux qui sont contraints de donner les ordres et d'empocher l'argent difficilement gagné, et de ceux qui ont le droit, mais aussi le plaisir, de travailler et de se taire. Il en va de l'intérêt de ces derniers de ne pas écouter les esprits mal tournés qui prétendent que les premiers vivent grassement du travail des seconds et les licencient quand bon leur semble.
PLAN SOCIAL: Mesure douloureuse, mais nécessaire, prise en dernière extrémité pour augmenter les dividendes, pardon, pour assainir les finances de l'entreprise. Les mauvaises langues, toujours les mêmes, l'appellent « plan anti-social ».
RACKET: Politique commerciale exercée par les entreprises publiques à l'égard des consommateurs en raison de leur situation de monopole. En aucun cas, elle n'est appliquée par les entreprises privées, dont l'angélisme et le désintéressement sont connus de tous.
REFORME: Remise en cause des acquis sociaux et autres privilèges inacceptables des salariés, seuls tenus de consentir les inévitables sacrifices.
REPUBLIQUE: La France de Pétain était une république, le Chili de Pinochet aussi, de même que l'Iran de Khomeini, l'Argentine de Videla, l'Afrique du Sud de Botha ou l'Amérique des lobbies et de la ségrégation raciale. Vous avez une définition de la république, vous ? Euh, vous pouvez nous la prêter ?
REPUBLIQUE SOCIALE: Utopie dangereuse et irréaliste, visant à remplacer notre ordre social harmonieux et bien organisé, dans lequel maîtres et escl... euh, dirigeants et dirigés, patrons et salariés ont la place qui leur est due, par une organisation sociale où tous seraient égaux en droits et auraient un même pouvoir de décision sur tous les aspects de la vie quotidienne. Dément, non ?

